Pour sa dernière création de la saison, le Théâtre de Poche de Genève présente La Grande Ourse, de la franco-sénégalaise Penda Diouf, dans une mise en scène d’Evelyne Castellino, fondatrice de la Compagnie 100 % Acrylique. A voir jusqu’au 1er avril.
Au départ de l’action, un geste banal, juste un bonbon offert par sa fille qu’une mère africaine croque, avant d’en jeter la papier à terre sans y penser. Et voilà le début de sa descente aux enfers, grâce aux caméras de surveillance qui en criminalisent le geste aux yeux de la police. Les uniformes ne la lâchent plus, tout comme la rumeur qui la conduit à sa destruction et à celui de son couple.
Son calvaire la transforme peu à peu en ourse, «une mutation dans le sauvage, comme si finalement redevenir un animal, est une façon de s’échapper à cet espèce dangereuse qu’est l’humain», analyse Evelyne Castellino. La metteuse en scène signe ici une figure imposée proposée par Martine Corbat, l’actuelle directrice du Poche, aventure à laquelle «elle s’est prise au jeu», nous confie-t-elle.
Et quel jeu ! Cinéma, vidéo, choeur antique des mauvaises langues - version symbolique «des réseaux, des médias et de tout ce qui harcèle». Nous nous évadons peu à peu de la prison pour gagner une immense forêt d'Afrique grâce aux images qui décuplent la petite scène du Poche. Un vrai voyage onirique dans l’inconscient de cette femme africaine vers son retour libératoire aux sources ancestrales, afin de retrouver force et vie naturelles.
L'oeuvre est puissante et saisit le public. «Elle s’inscrit dans une lutte féministe et antiraciste», nous raconte Penda Diouf, bibliothécaire devenue comédienne et dramaturge, autrice d’une douzaine de pièces et bientôt romancière, comme elle l’a confirmé à Radio Zones.
Rencontre-portait aussi avec Evelyne Castellino, par ailleurs cofondatrice de l’espace culturel genevois La Parfumerie qui fête cette année ses cinquante ans, au micro de Jean Musy.
Interview : Jean Musy
Technique : Cyril Cailliez
Photos de scène : © Rebecca Bowring
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Penda Diouf
© Mario Epanya

Evelyne Castellino
© Eva de Pierre-André Fragnière
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